Le collectif 07 STOP AUX GAZ DE SCHISTE affirme son refus de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère et autres hydrocarbures dits non-conventionnels (gaz et pétrole de schiste, huiles lourdes, gaz de réservoir compact, gaz de couche, sables bitumineux ...) et de tous hydrocarbures dont l’extraction nécessite l’utilisation de techniques, quel que soit leur nom, nécessitant de fracturer, stimuler, acidifier ou encore de fissurer la roche et ayant pour conséquence de porter atteinte à son intégrité. Il s’oppose à l’aberration économique, sanitaire, environnementale et climatique aux conséquences désastreuses que constituent ces projets pour les départements impactés. Il promeut une transition énergétique et écologique.

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Et si on avait trop de pétrole ?

vendredi 29 juin 2012

Et si on avait trop de pétrole ?

"Historique". C’est ainsi qu’avait été saluée la découverte de pétrole au large de la Guyane. Suspendues par Nicole Bricq à son arrivée au ministère de l’environnement, les autorisations pour réaliser des premiers forages et études sismiques ont finalement été délivrés, après un arbitrage gouvernemental qui lui a valu son maroquin.

Après être montés au créneau, Shell, Total et les associations de pétroliers se sont réjouis de ce revirement aussi brutal qu’inattendu. Présenté comme un « potentiel économique majeur », ce pétrole est supposé faire d’une pierre deux coups : réduire la très forte dépendance aux importations de pétrole de la métropole et offrir emplois et revenus à la Guyane. Quel soulagement ! Comme si le pic pétrolier ou les défis climatiques ne nous concernaient plus. Mais ce gisement est-il de nature à faire reculer le pic pétrolier et/ou assouvir les besoins hexagonaux ?

Selon les dernières données de Shell, le bassin pétrolier guyanais comporterait 700 millions de barils dont 300 pourraient être extraits. Ce champ offshore est supposé être le miroir géologique du champ Jubilee, découvert en 2007 au large du Ghana, qui recèlerait 1,4 milliards de barils. Plus hypothétique encore, les industriels parient sur un bassin d’hydrocarbures environnant pouvant contenir jusqu’à 5 milliards de barils. Soit, selon les estimations retenues, entre 0,025 % et 0,4 % des réserves mondiales prouvées actuelles.

Puisque la France consomme environ 2 millions de barils par jour, le gisement guyanais représente tout au plus une poignée d’années de consommation française. Rien qui ne puisse changer durablement la donne. Dans son rapport de l’automne 2010, l’Agence internationale de l’énergie estime que la production des champs de pétrole conventionnel existants devrait chuter de près de 30 %, soit 20 millions de barils par jour, d’ici à 2020. Dit autrement, pour maintenir la production de pétrole conventionnel d’ici 2020, ce sont deux Arabie Saoudite qu’il faudrait découvrir et mettre en exploitation. A cette aune, les découvertes supposées en Guyane sont infimes. Négligeables disent les économistes. En tout cas, loin d’être « historiques ».

Sans doute est-ce la raison pour laquelle les prospections et exploitations de pétrole non-conventionnel s’emballent. Exploitation en eaux profondes, pétrole issu de sables bitumineux ou de schiste, exploration en Arctique, l’industrie pétrolière est désireuse de forer toujours plus loin et plus profond. En Guyane, il s’agirait de creuser à 6000 mètres de profondeur, tout près d’une des dernières grandes mangroves de la planète jusqu’ici à peu près préservée. Au risque de conséquences écologiques gravissimes, comme la marée noire du Golfe du Mexique. Au mépris également des exigences climatiques.

Sur la base d’une étude du Postdam Institute for Climate Impact Research, l’ONG Carbon Tracker a calculé qu’il ne faut pas émettre plus de 565 gigatonnes de CO2 ou équivalents CO2 d’ici 2050 pour avoir 4 chances sur 5 de ne pas dépasser les 2°C d’augmentation de la température globale au delà desquels les dérèglements climatiques ne seraient plus maîtrisables.

Or, la combustion de toutes les réserves prouvées de pétrole, charbon et gaz de la planète engendrerait 2795 gigatonnes de CO2. Soit 5 fois plus. Dit autrement, 80 % de ces réserves ne doivent pas être extraites et consommées si l’on veut respecter les préconisations des scientifiques du climat. Bien-entendu, ces résultats, comme toute recherche scientifique, peuvent être discutés et précisés. Mais les ordres de grandeur sont là. A échéance d’un demi-siècle, nos sociétés ne sont donc pas confrontées à une pénurie de pétrole, mais à un trop-plein.

Pourquoi donc continuer à forer et creuser sans tenir compte de ces réalités si ce n’est pour assouvir l’avidité d’industries pétrolières et gazières dont les valeurs boursières et les triple AAA délivrés par les agences de notation sont basés sur le maintien et l’accroissement de ces réserves ? Réserves qui n’ont plus guère de valeur si nous ne pouvons en utiliser qu’un cinquième. En ce sens, la recherche et l’extraction de ressources énergétiques fossiles peuvent-elles être laissées à la seule appréciation du secteur privé alors que de leurs décisions dépend la possibilité ou non d’assurer une certaine stabilité climatique, bien commun de l’humanité ?

Sauf à verser dans le climato-scepticisme ou la destruction programmée de la planète, la lucidité imposerait donc de stopper les explorations en cours, Arctique compris. Une sorte de moratoire international que la France pourrait initier avec les gisements en Guyane. Pendant ce temps, place serait faite à des politiques locales, nationales et internationales pour une véritable transition énergétique, permettant de ralentir considérablement les extractions actuelles, en commençant par les plus polluantes, afin de concentrer nos efforts sur la sobriété et l’efficacité énergétiques, et le développement des énergies renouvelables.

Laisser le pétrole dans le sol, voilà une idée à creuser.

Maxime Combes, Economiste, membre de l’Aitec

Tribune publiée le 29 juin 2012 par Libération à l’occasion du débat autour des permis de forage au large de la Guyane.
Directement accessible sur le site de Libération le 30 juin
Lire l’article sur Libération.fr

 

 

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